Le pôle commun de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) tire la sonnette d’alarme dans son rapport annuel 2025 : les fraudes et les usurpations d’identité progressent, tandis que la complexité de certains placements financiers pose toujours question. Les deux autorités ont complété leurs observations par une étude publiée en juin 2026 qui met en lumière des frais élevés et des pratiques à améliorer, notamment sur les produits structurés.
Sommaire
ToggleArnaques et usurpations : une explosion des cas détectés
En 2025, le pôle commun a ajouté plus de 1 300 sites ou acteurs non autorisés à ses listes noires. Les signalements d’usurpation d’identité se comptent par centaines, certains visant directement les autorités ou leurs collaborateurs.
Les faux placements, particulièrement ceux liés aux cryptoactifs, restent en tête des escroqueries repérées. Dans le même temps, la surveillance des campagnes commerciales s’est intensifiée : plus de 4 500 publicités diffusées via supports traditionnels et numériques ont été examinées — un volume supérieur de plus du double à celui de 2024.
Le baromètre de l’épargne et de l’investissement publié par l’AMF confirme la gravité du phénomène : 16 % des Français interrogés en 2025 déclaraient avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière.
Escroqueries autour des cryptomonnaies
Les techniques frauduleuses abondent et se sophistiquent. Deux schémas reviennent fréquemment dans les signalements adressés aux autorités.
Le « Pump and Dump »
Des fraudeurs achètent massivement des titres peu liquides, diffusent ensuite des informations trompeuses pour gonfler artificiellement les cours, puis revendent leur position au sommet. Les investisseurs particuliers, attirés par la hausse soudaine, se retrouvent souvent piégés lors de la chute suivante.
Le « rug pull »
Ce type d’escroquerie part généralement d’un nouveau projet crypto très bien présenté : site soigné, livre blanc, communauté active et parfois des promoteurs connus. L’objectif est de susciter un achat rapide. Une fois le prix monté, les initiateurs vendent leurs jetons et le cours s’effondre, laissant les acheteurs avec des actifs sans valeur.
Finfluenceurs : manque de transparence et pratiques critiquées
Les autorités pointent le rôle ambigu de certains influenceurs spécialisés en finance. Les analyses menées par l’AMF et l’ACPR montrent un déficit de clarté fréquent dans les communications.
Une enquête de 2025 relève qu’une part significative des publicités étudiées souffrait d’un défaut d’information : mise en avant d’une prétendue gratuité alors que le service était intégré à un abonnement payant, omission de frais possibles, ou absence de mention claire des risques. La vigilance portée aux « finfluenceurs » reste donc une priorité des régulateurs.
Produits structurés : croissance, complexité et enjeux de transparence
Les produits structurés sont des contrats dont le rendement dépend d’une formule liée à un actif sous-jacent — souvent un indice ou une action. L’investisseur ne détient pas directement les titres, mais bénéficie d’un mécanisme prédéfini de gain ou de perte.
Sur la période 2021–2023, la collecte annuelle de ce marché en France a presque doublé, passant d’environ 23 milliards à près de 42 milliards d’euros. Plusieurs facteurs expliquent cette dynamique : remontée des taux d’intérêt et l’arrivée d’un nouvel émetteur étranger, entre autres.
La distribution se fait majoritairement via l’assurance-vie (près de 80 % des montants). Le marché est concentré : une dizaine d’établissements leaders captent la majeure partie des souscriptions, et les quatre principaux producteurs réalisent plus de la moitié de la collecte.
Les régulateurs soulignent par ailleurs que près de la moitié des produits ne ciblent pas le grand public et qu’environ 8 % sont réservés à une clientèle « avancée ». C’est une reconnaissance implicite de la complexité de ces offres et du besoin d’adapter la commercialisation au profil des épargnants.
L’autocall : un mécanisme répandu, expliqué simplement
La majorité des produits structurés vendus en France reposent sur le mécanisme d’autocall, autrement dit le remboursement anticipé automatique. Le principe se comprend par un exemple type.
Imaginons un produit indexé sur le CAC 40, avec une barrière fixée à 100 % de son niveau initial et un gain potentiel de 6 % par année écoulée. À chaque « date d’observation », on compare le niveau de l’indice à son niveau de départ.
- Scénario favorable : dès la première observation, le CAC 40 a progressé. Le produit est alors remboursé par anticipation et l’épargnant reçoit son capital plus 6 % pour l’année.
- Scénario d’attente : si l’indice n’a pas progressé, le contrat continue et une nouvelle observation aura lieu l’année suivante. Le processus peut se répéter pendant la durée du produit.
- Scénario final sans remboursement anticipé : à l’échéance, si l’indice a progressé, le capital et les gains sont versés. Si l’indice a baissé, l’investisseur peut subir une perte en capital, éventuellement totale selon les termes du contrat.
Ce fonctionnement fait des autocalls ni un placement garanti, ni un simple investissement en actions. En pratique, environ 9 produits sur 10 sont remboursés avant leur échéance maximale, souvent en moins de trois ans — une statistique surtout liée à la période haussière observée entre 2021 et 2023.
Éducation financière : une réponse collective
Pour réduire les risques liés aux fraudes et améliorer la compréhension des produits complexes, la Banque de France, l’AMF et l’association La finance pour tous renforcent leurs actions d’éducation économique, budgétaire et financière.
Ces initiatives visent à mieux informer les Français sur les mécanismes, les coûts et les risques des placements, afin que les choix d’épargne correspondent aux connaissances et au profil de chaque investisseur.
Articles similaires
- Comment placer de l’argent pour obtenir un revenu mensuel : stratégies d’investissement
- Pourquoi l’épargne solidaire progresse de 15% et atteint 34 milliards d’euros en 2025 ?
- L’IA entre-t-elle dans les choix d’investissement des Français ?
- Les frais bancaires augmentent de 2,7 % en glissement annuel en 2026
- L’Europe subit les retombées du conflit commercial sino‑américain

Élisa Garnier est passionnée par les marchés financiers et l’analyse économique. Forte d’une expérience de 8 ans dans le journalisme économique, elle propose des articles clairs et informatifs pour aider les lecteurs à comprendre les enjeux du monde de la finance.



