Les frappes israélo-américaines contre l’Iran fin février 2026 ont instantanément secoué les marchés de l’énergie : le Brent a grimpé de plus de 16 % depuis le début des hostilités, dépassant les 85 dollars, et le gaz européen a bondi d’environ 40 % dans les jours qui ont suivi. Ce mouvement s’explique surtout par la menace immédiate pesant sur un point névralgique du commerce énergétique mondial.
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ToggleUn passage vital menacé : le détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz concentre une part essentielle des flux de pétrole et de gaz. Environ un cinquième du pétrole mondial y transite chaque jour, ce qui en fait un goulet d’étranglement stratégique. Les autorités iraniennes ont mis en garde les navires et, selon les informations disponibles, plusieurs tankers en provenance du Royaume‑Uni et des États‑Unis ont été frappés par des missiles.

Face à ces incidents, des navires-citernes et des méthaniers font désormais du surplace aux abords du détroit, hésitant à s’engager dans le passage. La crainte de nouvelles frappes pèse directement sur les décisions d’acheminement et d’assurance des armateurs.
Variations rapides des cours
Les marchés ont réagi très vite. Après les premières attaques, le baril de Brent a d’abord été cotée au‑dessus de 71 dollars avant de franchir le seuil des 85 dollars quelques jours plus tard. L’annonce d’une hausse de la production mondiale par l’OPEP — 206 000 barils par jour — a atténué la hausse, mais n’a pas suffi à l’inverser.
Du côté du gaz, la situation est aggravée par des dommages aux installations qataries d’exportation. Les unités de liquéfaction étant concentrées sur peu de sites, leur vulnérabilité pèse sur l’offre. Le Qatar, qui produit environ 175 milliards de mètres cubes par an, représente une capacité difficile à compenser rapidement en cas de rupture prolongée.
Il faut toutefois relativiser : les prix du gaz en Europe restent bien en deçà des pics atteints en 2022, lorsque certains contrats spot avaient dépassé 300 euros le mégawattheure, et le Brent est loin des niveaux supérieurs à 100 dollars constatés à cette époque. Plusieurs analystes estiment en outre que les marchés avaient partiellement intégré le risque géopolitique iranien avant les frappes, ce qui limite l’ampleur du choc immédiat.
Des répercussions larges sur l’économie
L’énergie n’est pas seulement une ligne sur un bulletin de prix : c’est un intrant central pour la quasi‑totalité des activités économiques. Une hausse durable des cours augmente les coûts de production pour l’industrie, le transport, l’agriculture et la production d’électricité, et finit par remonter, avec un certain décalage, dans les prix à la consommation.

Si ménages et entreprises commencent à anticiper une inflation plus élevée, leurs réactions (demandes salariales, hausses préventives des prix) peuvent renforcer le phénomène et créer une dynamique auto‑entretenue.
Des études citées dans le dossier indiquent qu’en moyenne une progression de 10 % des cours du pétrole se traduit par une hausse de l’inflation d’environ 0,4 point de pourcentage sur deux ans. La France pourrait néanmoins subir un choc atténué grâce à une part moindre de l’énergie dans le panier des ménages, une dépendance plus faible aux importations d’hydrocarbures et l’existence de mécanismes de régulation ou de subvention des prix.
Des précédents qui éclairent
Le passé offre plusieurs leçons. Le premier choc pétrolier de 1973‑1974, déclenché par l’embargo des pays arabes en réaction au soutien occidental à Israël, a vu le prix du baril tripler en quelques mois et a conduit à une récession accompagnée d’une forte inflation, un phénomène alors qualifié de stagflation.
Le second choc de 1979‑1980, lié à la révolution iranienne puis au conflit Iran‑Irak, a de nouveau fait plus que doubler les prix et provoqué des réactions monétaires sévères. En 1990, l’invasion du Koweït a engendré une flambée rapide des cours, rapidement corrigée après l’intervention internationale.
Au tournant des années 2000, la montée de la demande dans les économies émergentes — notamment la Chine — conjuguée à des tensions géopolitiques a poussé les prix à la hausse, culminant à l’été 2008 avec un Brent au‑delà de 130 dollars avant l’effondrement lié à la crise financière. Plus récemment, la reprise post‑covid suivie de l’invasion de l’Ukraine en 2022 a provoqué en Europe un choc du gaz d’une intensité inédite, avec des prix multipliés par plus de dix pour certains contrats spot et un Brent au‑dessus de 110 dollars.
Le conflit en Iran rappelle que la géographie de l’énergie reste déterminante. L’ampleur des conséquences dépendra de la durée des hostilités et de l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz, mais les précédents historiques montrent que les répercussions sur les prix et sur la croissance peuvent être substantielles.
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Élisa Garnier est passionnée par les marchés financiers et l’analyse économique. Forte d’une expérience de 8 ans dans le journalisme économique, elle propose des articles clairs et informatifs pour aider les lecteurs à comprendre les enjeux du monde de la finance.



