L’Observatoire des inégalités a publié en juin 2026 la quatrième édition de son rapport sur les « riches » en France, un document devenu une référence du débat public. Il livre des chiffres précis sur les revenus, le patrimoine et les profils des ménages les plus aisés, et interroge les mécanismes qui creusent les écarts.
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ToggleComment l’Observatoire définit la richesse
Contrairement au seuil de pauvreté, établi chaque année par l’Insee, il n’existe pas de définition officielle de la richesse. L’Observatoire propose donc sa propre coupe : être riche, c’est percevoir au moins le double du niveau de vie médian.
Appliquée aux données de 2023, cette règle situe le seuil à 4 292 euros par mois après impôts pour une personne seule. Il passe à 6 438 euros pour un couple sans enfant et atteint 10 730 euros pour un couple avec deux adolescents. Selon cette mesure, 7,5 % de la population — soit environ 4,8 millions de personnes — dépasse la barrière retenue.
Le choix de la méthode reprend la logique du seuil de pauvreté (qui est fixé à 60 % du niveau de vie médian), mais il suscite des critiques. Certains observateurs dénoncent, par exemple, le fait que le calcul n’intègre pas le coût du logement, une dépense particulièrement lourde dans les grandes villes.
Richesse financière : le seuil patrimonial
Le rapport retient aussi un critère fondé sur le patrimoine : être riche en patrimoine signifie détenir au moins quatre fois le patrimoine médian. En 2026, ce seuil est évalué à 820 400 euros par ménage.
Avec ce repère, 11 % des ménages (environ 3,4 millions de foyers) sont considérés comme riches en patrimoine. Le 1 % le plus fortuné détient au minimum près de trois millions d’euros et près de deux millions de ménages sont millionnaires. L’étude souligne en outre une corrélation forte entre hauts revenus et patrimoine : les ménages aisés épargnent en moyenne 33 % de leurs revenus, un moteur important de constitution de richesse, explique Anne Brunner, directrice des études de l’Observatoire des inégalités.
Quel profil pour les ménages aisés ?
Le rapport dresse un portrait assez net : la richesse se conjugue d’abord avec l’âge et la position professionnelle. Le taux de richesse est très bas chez les moins de 30 ans (environ 2 %) puis il augmente progressivement pour culminer à 10 % chez les 60-64 ans. Au total, 73 % des personnes classées comme riches ont plus de 45 ans.
La profession fait une large part du tri social. Parmi les actifs qui dépassent le seuil, 74 % sont des cadres supérieurs, publics ou privés. Le reste du groupe actif comprend principalement des chefs d’entreprise, des professions libérales et des travailleurs indépendants. À l’inverse, la proportion de salariés et d’ouvriers au‑dessus du seuil est très marginale : 0,8 % pour les employés et 0,5 % pour les ouvriers.
La distribution reste par ailleurs fortement sexuée : bien que le niveau de vie soit mesuré au niveau du ménage, les salaires individuels montrent un déséquilibre marqué. Les femmes représentent seulement 31 % des 10 % des salariés les mieux payés du secteur privé et 24 % du 1 % le mieux rémunéré. Parmi les 100 salaires les plus élevés de France, 90 sont perçus par des hommes.
Les métiers aux plus hauts revenus
Le classement des professions qui paient le mieux confirme des hiérarchies connues. En tête figurent les dirigeants des très grandes entreprises (plus de 500 salariés), avec un salaire net moyen d’environ 16 900 euros par mois. Suivent les cadres des marchés financiers (11 100 euros), les cadres d’état‑major des grands groupes (10 800 euros) et les dirigeants de moyennes entreprises (10 500 euros). Les pilotes de ligne arrivent également parmi les mieux rémunérés (environ 9 500 euros).
Parmi les indépendants, les médecins spécialistes et certains chirurgiens‑dentistes se distinguent : les 10 % les mieux payés gagnent au moins 19 800 euros nets par mois après charges. Avocats, notaires et experts‑comptables suivent, autour de 16 700 euros.
Le rapport cite aussi une réflexion de Louis Maurin sur l’ampleur des disparités : « Vivre avec plus de quatre ou cinq mille euros par mois n’a rien de problématique si ces revenus ont été mérités par le travail fourni… La question doit porter plutôt sur l’ampleur des écarts. Un chirurgien doit‑il vraiment gagner dix fois plus qu’une aide‑soignante ? »
L’envolée des revenus au sommet
Un des enseignements les plus saillants concerne la progression des revenus très élevés. Entre 2016 et 2022, le revenu moyen du 0,1 % le plus aisé — soit environ 40 000 ménages — a augmenté de 56 %, contre seulement 7 % pour les 90 % les moins favorisés.
En termes absolus, cela se traduit par un gain moyen annuel d’environ 370 000 euros pour les ultra‑riches, contre près de 2 000 euros pour le reste de la population. Cette divergence provient en grande partie des revenus du patrimoine : pour la majorité des ménages, le travail (salaire ou retraite) représente environ 95 % du revenu. Mais cette part diminue fortement en haut de la distribution.
Pour le 1 % le plus riche, les revenus du capital pèsent significativement : ils représentent en moyenne 85 000 euros par an, tandis que les revenus du travail s’élèvent en moyenne à 140 000 euros. C’est la combinaison entre revenu du travail et revenu du capital qui distingue les très hauts revenus du reste de la population.
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Élisa Garnier est passionnée par les marchés financiers et l’analyse économique. Forte d’une expérience de 8 ans dans le journalisme économique, elle propose des articles clairs et informatifs pour aider les lecteurs à comprendre les enjeux du monde de la finance.


