Début mai 2026, le Conseil de Stabilité Financière (FSB) a publié un rapport alertant sur les points faibles d’un segment financier en forte expansion : le private credit. Estimé entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars à la fin de 2024, ce marché est devenu une source de financement majeure, mais soulève des questions sur sa résistance en cas de retournement général de l’économie.
Sommaire
ToggleQu’est‑ce que le private credit ?
Le private credit regroupe les prêts consentis directement par des acteurs non bancaires à des entreprises de taille intermédiaire, via des contrats négociés au cas par cas. Ces crédits ne sont pas cotés et n’évoluent pas sur un marché secondaire liquide ; leurs conditions — taux, échéances, garanties — sont fixées sur mesure entre le prêteur et l’emprunteur.
Pourquoi ce marché a‑t‑il explosé ?
Plusieurs facteurs concomitants expliquent l’essor du private credit.
D’abord, la réglementation bancaire a évolué depuis 2008. Le renforcement des exigences en capital, illustré par Bâle III, a réduit l’appétit des banques pour certains crédits jugés moins rentables. Cela a laissé un espace aux prêteurs alternatifs.
Ensuite, de nombreuses entreprises préfèrent la rapidité et la flexibilité offertes par ces fonds. Les montages peuvent être bouclés en quelques semaines, avec des modalités adaptées au profil de l’entreprise.
Enfin, les investisseurs ont été attirés par des rendements supérieurs à ceux des obligations classiques, d’abord dans un contexte de taux très bas, puis encore davantage après la remontée des taux amorcée en 2022.
Quels risques identifie le rapport du FSB ?
Le FSB souligne que ce marché n’a pas encore été mis à l’épreuve par une récession longue et profonde. Plusieurs vulnérabilités ressortent clairement.
Transparence limitée
Les prêts privés restent largement opaques : les valorisations s’appuient souvent sur des modèles internes et la notation peut relever d’agences spécialisées aux méthodologies moins standardisées. Cette opacité complique la supervision et augmente le risque que les investisseurs sous‑estiment l’exposition réelle.
Endettement élevé et pratiques de paiement
Les entreprises financées par ces fonds affichent en moyenne un niveau d’endettement plus élevé que celles qui empruntent sur les marchés obligataires publics. Certaines recourent à des mécanismes de payment in kind (PIK) pour différer le paiement des intérêts, une pratique montée en puissance depuis 2022. Cela peut masquer des tensions et favoriser une accumulation rapide de la dette.
Imbrication avec le secteur bancaire
Le private credit n’est pas isolé du système bancaire. Les banques prêtent aux fonds, construisent des partenariats stratégiques et utilisent des mécanismes de transfert de risque.
SRT (Significant Risk Transfers) désigne des opérations par lesquelles une banque transfère une partie du risque de crédit d’un portefeuille à un investisseur tiers, tout en conservant les prêts à son bilan. Si les fonds qui reprennent ces risques subissent des pertes, l’exposition peut rebondir vers les banques.
Concentration sectorielle
Une part importante des financements privés se concentre sur des niches spécifiques, notamment les centres de données liés au développement de l’intelligence artificielle. Selon le rapport, plusieurs centaines de milliards de dollars seraient engagés dans ces projets. Si la demande pour ces capacités ne se matérialise pas comme prévu, une surcapacité pourrait générer des pertes significatives.
Le private credit, cause d’une prochaine crise ?
Le private credit n’est pas intrinsèquement néfaste : il complète l’offre bancaire et finance des segments qui auraient du mal à trouver des fonds autrement. Mais sa croissance rapide, son manque de transparence, le profil d’endettement des emprunteurs et son lien croissant avec les banques en font une source de préoccupation pour les régulateurs.
Le message du FSB est clair : ce marché mérite une surveillance renforcée pour prévenir des effets de contagion en cas de choc économique majeur.
Articles similaires
- Cette dynamique de l’épargne solidaire redonne du sens à vos placements
- Peut-on trouver une banque en ligne sans justificatif et sans frais ?
- Bilan de l’inclusion bancaire : 4,8 millions de personnes en fragilité financière fin 2025
- Comptes rémunérés 2026 : comparez les meilleures options pour rentabiliser vos liquidités
- Crédit immobilier : comment profiter du meilleur taux d’intérêt ?

Élisa Garnier est passionnée par les marchés financiers et l’analyse économique. Forte d’une expérience de 8 ans dans le journalisme économique, elle propose des articles clairs et informatifs pour aider les lecteurs à comprendre les enjeux du monde de la finance.


