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Quelle trajectoire pour la richesse des ménages français ?

Quelle trajectoire pour la richesse des ménages français ?

Un bref bilan publié par l’Insee début novembre montre que le stock de richesses de la France a repris du terrain en valeur nominale, mais que cette hausse masque une réalité plus nuancée une fois l’inflation prise en compte. Le point sur la composition du patrimoine et les conséquences pour les ménages.

Valeur et composition du patrimoine national

Selon l’Insee, le patrimoine économique de la France est estimé à environ 19 559 milliards d’euros en 2024. Cette estimation reflète le stock de richesses accumulées au fil du temps, distinct du Produit Intérieur Brut qui mesure la production sur une période donnée.

Ce patrimoine se répartit entre deux grandes catégories : les actifs non financiers (immobilier, terrains, machines, logiciels, etc.) et le patrimoine financier net (actifs financiers diminués des passifs, c’est‑à‑dire des dettes).

Les actifs non financiers dominent

La composante non financière représente l’essentiel du stock de richesse national. Dans cette catégorie, l’immobilier — logements et terrains — pèse particulièrement lourd.

Rangée de maisons résidentielles en journée illustrant l'importance de l'immobilier
L’immobilier reste la composante majeure du patrimoine national.

La sensibilité du patrimoine national aux variations des prix de l’immobilier signifie que les cycles du marché résidentiel ont un effet direct et important sur la valeur totale du patrimoine.

Qui détient la richesse ?

Les ménages détiennent la majorité du patrimoine national : leur part s’élève à environ 76,5 % en 2024. Cette possession est majoritairement immobilière, les propriétaires concentrant une grande part des actifs non financiers.

Le patrimoine financier net est lui aussi largement détenu par les ménages, qui jouent de fait le rôle de créanciers vis‑à‑vis des entreprises et de l’État.

Inégalités très marquées entre ménages

La répartition de cette richesse est loin d’être homogène. L’indice de Gini appliqué au patrimoine montre des niveaux d’inégalités nettement supérieurs à ceux observés pour les revenus.

La hausse rapide des prix de l’immobilier, notamment en 2021, a tendu à creuser l’écart entre ménages propriétaires et non‑propriétaires, accentuant la concentration des actifs dans les déciles les plus élevés.

Nominal versus réel : que disent les chiffres ?

En valeur nominale, le patrimoine national a progressé entre 2020 et 2024. Il est passé d’environ 17 101 milliards d’euros en 2020 à près de 19 559 milliards d’euros en 2024, soit une hausse nominale d’environ 14,4 %.

Graphiques financiers et calculatrice sur un bureau illustrant nominal versus réel
Lire les chiffres en valeur nominale et en euros constants change l’analyse.

Cependant, une lecture ajustée de l’inflation modifie fortement l’interprétation.

  • Valeur nominale : montant exprimé en euros courants, sans correction pour l’érosion du pouvoir d’achat.
  • Valeur réelle : montant recalculé en euros d’une année de référence pour tenir compte de l’inflation.

En euros constants (base 2004), le patrimoine national était de 14 087 milliards en 2020, a atteint 15 053 milliards en 2022 puis est redescendu à 14 081 milliards en 2024. Autrement dit, la valeur réelle en 2024 est sensiblement comparable à celle de 2020.

Autrement formulé : les gains affichés en euros courants se sont largement évaporés une fois pris en compte l’inflation soutenue entre 2022 et 2024.

Quelle dynamique pour les composantes financières ?

La croissance du patrimoine nominal a été portée en partie par la progression des actifs financiers. Parmi eux, l’Insee identifie trois catégories particulièrement dynamiques : les titres de créance négociables, les crédits et les parts d’Organismes de Placement Collectif.

Cette évolution montre que la hausse du stock de richesse ne provient pas seulement de l’immobilier, même si celui‑ci reste déterminant pour la trajectoire générale.

Au final, le bilan de l’Insee souligne deux points essentiels : une augmentation apparente du patrimoine en euros courants et, simultanément, une stagnation en termes réels, qui interroge le pouvoir d’achat de la richesse nationale et la distribution de cette richesse entre ménages.

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